Présentation (4ème de couverture)
Après avoir dressés des portraits masculins dans Vous les connaissez!, Patricia Oszvald a eu envie de renouveler l'exercice, mais au féminin. Elle nous offre une nouvelle galerie de portraits de personnages célèbres ou de pure fiction, mais toujours avec l'humour qui caractérise son écriture divertissante. Un bon sens de l'observation, un ton drôle, une vision incisive et sans concession de ses contemporaines. Une nouvelle occasion de se délecter et de passer un bon moment pour le plus grand bonheur des amateurs du genre.
Une série de portraits tous plus caustiques les uns que les autres. Cécilia, l'indécise capricieuse; Odile, la suzeraine; Adèle, la rebelle; Emilienne, la mégère non apprivoisée; Raphaëlle, la tortionnaire; Alexia, la voilattitude; Ségolène, l'idée reçue; Chantal, la savante; Nathalie, la « j'emmerde tout le monde avec les histoires de mes gosses »; pour ne citer que ceux-là vous embarqueront dans leur univers très personnel.
Morceaux choisis :
"Adèle, la rebelle
Quatre-vingt printemps dont vingt-cinq au service de sa passion; la danse. Si passion il y a, pourquoi avoir attendu si longtemps avant de l'assouvir? Et bien, si l'explication peut paraître inattendue; elle est très simple. Si les maigres guibolles s'entrechoquent aujourd'hui avec plus de fébrilité que de vigueur, il a d'abord fallu qu'elles la supportent patiemment jusque-là. Patiemment, vous dites? Patiemment, c'est le mot. Et elle n'en n'a pas manqué, de patience! Adèle n'a toujours eu qu'un rêve, un seul souhait depuis sa plus tendre enfance; danser. Mais dans les années 1920; la danse, quelle qu'elle soit, cet enchaînement de spasmes plus ou moins contrôlés, plus ou moins rythmés, plus ou moins rapides, était réservée à une certaine catégorie de filles qui s'exposaient plus aisément et volontiers aux yeux et regard brillants, baveux, envieux et très intéressés des hommes. Et on sait bien ce qui peut se passer. On commence par quelques innocents entrechats, on glisse vers le grand écart et ça peut se terminer en « Nini pattes en l'air » avant qu'on ait eu le temps de dire ouf! Et dans sa famille, il était hors de question de courir ce genre de risque! Si bien que sa mère a définitivement clos toute discussion à ce sujet en lui assurant qu'elle, vivante, sa fille ne danserait pas! Qu'à cela ne tienne! Sa mère, c'est sa mère et la patience d'Adèle, probablement sa plus grande vertu. Cinquante-cinq ans, elle a attendu! Cinquante-cinq années de passion refoulée, d'attente sans oser espérer. Que sa mère lui pardonne, vint le jour qui fut le dernier, l'ultime soupir brisant à jamais une autorité parentale incontestable et d'ailleurs, incontesté. Le corps de sa noble mère pas encore tout à fait froid que déjà, Adèle était à sa deuxième leçon de danse. Cette rebellion, certes tardive, n'a en rien tari la passion qui l'anime à ses cinq cours de danse hebdomadaires avec l'énergie et l'entrain à faire pâlir bon nombre d'adolescents fatigués de naissance. Il y a fort à parier que de son côté, la noble maman attende sa progéniture de bientôt quatre-vingt et un printemps de pied ferme pour lui remettre les idées en place bien que cette dernière semble bien déterminée à la faire patienter le plus longtemps possible et avant d'accorder sa dernière danse à la faucheuse, de lui faire un pied de nez!
Nathalie, la « j'emmerde tout le monde avec les histoires de mes gosses! »
Nath, elle est super sympa, toujours de bonne humeur, tout le monde l'adore; bref, la vraie bonne copine. En
plus, tout lui réussit et ça fait plaisir à tout le monde. Un mariage sans ombre avec un mari qui l'adore et qui ne sait pas quoi faire pour lui faire plaisir. Professionnellement, c'est
l'extase; elle gravit l'échelle sociale à grands pas et c'est amplement mérité, c'est la meilleure! Et comble des combles, la cerise sur le gateau; elle a trois, mais alors, trois merveilles
d'enfants, enfin, la totale! Non, non, faut rendre à César, ce qui lui appartient; ils sont beaux, super et tout et tout! Et justement, à ce propos; on aurait quand-même un petit reproche à lui
faire; trois fois rien, rien de grave, c'est juste que... nom de Dieu de nom de Dieu; qu'est-ce qu'elle a ou plutôt, qu'est-ce qu'on lui a fait, nous – je suis sûre que ça vous énerve aussi! -,
pour qu'elle nous parle tout le temps de ses gosses? Je vous le demande; qu'est-ce qu'on lui a fait pour qu'elle nous raconte, par le menu, la vie de ses mouflets chaque fois qu'on lui téléphone?
Pourquoi? Why? La question est posée; qu'est-ce qui lui prend? Nous aussi on a des problèmes, merde! Nous aussi parfois on a le moral dans les chaussettes et on comptait bien sur elle pour nous
faire oublier nos tracas ou simplement les écouter. Et puisqu'on en parle, à cet instant précis, on n'en a rien à cirer que Nicolas a tartiné la nappe en dentelle de Calais de Tata avec du
Nutella! On n'en a rien à foutre que ses jumelles, Valentine et Clémentine ont mis des punaises sur la chaise de Papy Edouard! Nous, ce qu'on aimerait quand on l'appelle, c'est qu'elle nous
écoute, qu'elle comprenne nos soucis, qu'elle se mette à notre place deux secondes! Elle, on le sait qu'elle est heureuse! Déjà que par moment, pour ne pas dire souvent... tout le temps... ça
nous contrarie suffisamment comme ça, alors que Nicolas ait mis du poil à gratter dans le linge de corps de son arrière grand-mère quand ils lui ont rendu visite à la maison de retraite et qu'il
en ait profité, avec l'aide de ses soeurs, je les reconnais bien là, pour interchanger tous les verres à dents, avec les dentiers dedans; on n'en a rien à secouer, nous! On s'en tamponne! C'est
clair!"