Sàndor est à Paris depuis peu, ses maigres économies épuisées et à la recherche de quoi se nourrir, il
rencontre Ô miracle, une pomme... et son propriétaire, Joseph. Plus tard, lorsqu'un homme de la Jet Set organise un cocktail de charité pour la sauvegarde des coléoptères d'Amérique du Sud, il le
présente à l'assemblée qui voit en lui “le” nouveau tailleur de Paris. Dans son atelier, surgit un jour, un énergumène efféminé, Jean-Pierre, mais que tout le monde appelle Jip. Ou encore, LE
choc de LA rencontre avec une créature sublim(e) (-inale) provoquera un grand boum dans son coeur (et surtout sur sa tête!). Sàndor est un roman drôle, riche en quiproquos et rebondissements et
d'une écriture très cinématographique.
Extrait
(...) Il m'installa et me servit aussitôt une énorme assiette de potage. Des
légumes de toutes les couleurs nageaient au milieu des pommes de terre et de gros morceaux de jambon. Un pain entier me regardait alors qu'un splendide gâteau aux pommes semblait me narguer.
J'étais émerveillé de voir autant de nourriture en même temps. Ça me rappelait les dîners de famille que ma mère préparait avec trois fois rien, on avait l'impression de faire un gueuleton.
J'étais affamé et savourai chaque cuiller comme si c'était la dernière. Je terminai mon assiette alors que Joseph n'était pas à la moitié de la sienne. J'étais un peu gêné mais il acquiesça et me
resservit de cette délicieuse soupe. Je désignai la salière et dit en hongrois :
- Só? 1
Joseph s'étonna et
comprit que je lui disais que le sel était chaud. Sur quoi, il me rassura tout de suite.
- Non, Sàndor! Le sel n'est pas chaud, tu peux en prendre si tu
veux!
Je ne m'attendais pas à une si longue traduction et pensai qu'il me faudra
plusieurs semaines avant d'être capable de prononcer tout ça. J'en redemandais :
- Só?
Joseph est effaré et en même temps très amusé de ma récidive. Il saisit la salière de son énorme
main.
- Non, Sàndor; ce n'est pas chaud, regarde!, me répéta-t-il
avant de reposer la salière entre nous.
Je m'amusais autant que lui, saisis la
salière à mon tour, la lui montrai et lui confirmai :
- Só!
Joseph, toujours très patient
:
- Sel! C'est du sel!, répète après moi :
“sel”!
Ah, enfin!
- Sel!
- Voilà! C'est très bien, Sàndor!
- Hongrois : “ Só”!
Joseph, meilleur élève que moi, répéta sans difficulté.
- Cho!
Il est content d'avoir réussi, se leva et posa sa main sur la casserole et – tout en l'agitant dans tous les sens – me
dit :
- Chaud! C'est chaud!
Là, j'étais scié. Je rémétai évidemment sans problème.
- Cho!
Donc, si j'ai bien compris, “Só” qui signifie “sel” en français se dit “cho” et “chaud” veut dire que c'est chaud.
C'est curieux cette manie d'utiliser le même mot pour dire des choses si différentes. S'ensuivit un éclat de rire qui en déclencha un autre, qui en appela un troisième et se transforma en fou
rire “collectif”. Quelques assiettes plus tard, mon estomac ne se plaignait plus. Joseph me présenta le dessert dont j'ai eu beaucoup de mal à apprendre le
nom.
- C'est de la Tarte Tatin, Sàndor! C'est très bon! Tarte
Tatin!, me répéta-t-il encore.
-
Tartata!
Il souriait sans se moquer de moi.
- C'est ça! C'est très bon! (...)
1Traduction de « sel » et se prononce « cho ».
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